Les deux simulations hydriques : quelle quantité d'eau arrive, et à quelle vitesse
Deux lectures de la même installation : la dose qui atteint le sol et la vitesse à laquelle elle arrive. Ce que montre chacune, comment lire la carte en couleurs et ce qui change quand on modifie sol, végétation ou buse.
SprinklerMap Team · 16 agosto 2026
Pourquoi deux simulations et pas une seule
Une installation d'arrosage peut se tromper de deux façons totalement différentes, et les deux erreurs ne se voient pas avec le même instrument :
- Se tromper sur la quantité. Une zone reçoit moins d'eau que la plante n'en consomme et jaunit. Ou elle en reçoit trop, et l'excédent finit sous les racines, où il ne sert plus à personne.
- Se tromper sur la vitesse. La quantité totale est correcte, mais elle arrive plus vite que le sol ne peut l'absorber. L'eau reste en surface, forme des flaques et s'écoule : la bonne dose a été apportée, mais une grande partie n'est jamais entrée dans le sol.
Ce sont deux propriétés indépendantes. Une installation peut être parfaite sur la dose et catastrophique sur la vitesse, ou l'inverse. C'est pourquoi SprinklerMap n'a pas une seule simulation mais deux : Water Coverage répond à la première question, Runoff Risk à la seconde.
Une seule grille de calcul, deux lectures
Les deux simulations ne sont pas deux modèles séparés qui pourraient se contredire. Toutes deux partent de la même grille de calcul : le jardin est découpé en cellules et, pour chaque cellule, une seule grandeur physique est calculée — l'intensité d'application, c'est-à-dire combien de millimètres d'eau par heure atteignent ce point pendant que les arroseurs fonctionnent, en sommant l'apport de tous les arroseurs qui l'atteignent.
De ce seul nombre, par cellule, découlent les deux cartes :
- Water Coverage le multiplie par la durée d'arrosage et obtient la dose en millimètres, qu'elle compare au besoin estimé de la végétation.
- Runoff Risk le compare à la vitesse d'infiltration du sol et calcule combien d'eau reste en surface.
Conséquence pratique : les deux cartes ne peuvent pas dire des choses incompatibles sur la même installation, puisque les mêmes nombres se trouvent dessous. Le panneau Zones — durée, débit, intensité, nombre de départs — lit la même grille.
Les cellules sans eau sont affichées, pas masquées : une zone qu'aucun arroseur n'atteint reste grise sur les deux cartes. C'est l'erreur la plus facile à manquer en ne regardant que les arcs de couverture dessinés.
Water Coverage : la quantité d'eau face au besoin
Water Coverage montre comment la dose s'accumule dans le temps — l'animation est le temps qui passe — et colore chaque zone selon le rapport entre l'eau reçue et celle dont la végétation a besoin.
Comment lire l'échelle
| Couleur | Dose reçue | Signification |
|---|---|---|
| Gris | Aucune | Zone sèche : aucun arroseur ne l'atteint |
| Rouge / orange | Sous 90% du besoin | Trop peu d'eau : la végétation entre en stress |
| Vert | Entre 90% et 140% | Dans la cible : c'est la plage à viser |
| Jaune / brun | Au-delà de 140% | Trop d'eau : gaspillage et percolation sous les racines |
La plage verte est un intervalle, pas une valeur unique : de 90% à 140% du besoin. Exiger exactement 100% partout n'a pas de sens : aucune installation réelle ne répartit de façon parfaitement uniforme, et une marge d'excès modérée est la tolérance normale de projet.
Sur le jardin de test (gazon anglais, plein soleil, sol limoneux) le besoin estimé est de 5,0 mm par jour, couverts par un départ de 19 minutes avec un débit d'installation de 26,4 L/min.

Runoff Risk : la vitesse face à l'absorption du sol
Runoff Risk répond à une autre question : le sol suit-il le jet ? Il compare l'eau restée en surface avec ce que le sol peut retenir avant qu'elle ne commence à ruisseler.
Le modèle, en détail
Chaque type de sol a deux paramètres agronomiques : la vitesse d'infiltration (combien de mm/h il peut absorber) et le stockage de surface (combien de mm il peut retenir en surface sans ruisseler). L'eau qui dépasse l'infiltration s'accumule :
excès [mm] = (intensité d'application − infiltration) × minutes / 60
Tant que l'excès reste sous le stockage de surface, l'eau a le temps de pénétrer et rien ne se passe. Dès qu'il le dépasse, le ruissellement commence.
Sur le jardin de test : l'intensité d'application mesurée est de 22,2 mm/h, et la vitesse d'infiltration du sol limoneux est de 25 mm/h. L'intensité est plus faible que l'infiltration, donc l'excès est nul : le panneau indique 0,0 mm restant en surface sur les 5 que le sol peut retenir. La carte est verte presque partout.

Le rouge qui apparaît malgré tout par endroits est exactement la raison pour laquelle la carte est nécessaire et la moyenne du panneau ne suffit pas : l'intensité moyenne n'est pas l'intensité locale. Là où deux ou trois jets se recouvrent, cette cellule reçoit la somme des apports et peut dépasser l'infiltration même si la moyenne du jardin paraît tranquille.
Ce qui change quand on change le sol
Le type de sol se règle dans le panneau Zones et ne touche ni les arroseurs ni leur disposition : il change seulement la vitesse à laquelle le sol absorbe. Voici les trois valeurs utilisées par l'application :
| Sol | Infiltration | Stockage de surface | Comportement |
|---|---|---|---|
| Sableux | 50 mm/h | 8 mm | Absorbe vite : le ruissellement est rare, le risque est plutôt la percolation profonde |
| Limoneux | 25 mm/h | 5 mm | Juste milieu, valeur par défaut |
| Argileux | 12 mm/h | 3 mm | Absorbe lentement : c'est là que le ruissellement devient concret |


Le sol argileux ne dégrade pas seulement la carte : il change la programmation
C'est l'effet le plus intéressant à observer. En passant à argileux, le panneau cesse de proposer un départ de 19 minutes et en propose 2 de 9,4 minutes. C'est la technique du cycle and soak : l'arrosage est découpé en plusieurs départs séparés par une pause, pour que l'eau ait le temps de pénétrer entre deux cycles.
Les nombres tombent juste, et se vérifient avec la formule ci-dessus :
- En un départ unique : (22,2 − 12) × 19 / 60 = 3,2 mm d'excès, pour un stockage de seulement 3 mm. Ça ruisselle.
- Découpé en 2 cycles : (22,2 − 12) × 9,4 / 60 = 1,6 mm par cycle, largement sous les 3 mm. Ça ne ruisselle pas.
La quantité totale d'eau ne change pas : 2 × 9,4 minutes donnent les mêmes 19 minutes d'eau qu'avant, à l'arrondi près avec lequel le panneau affiche les valeurs. Seule sa répartition dans le temps change. Si même le découpage ne suffit pas à passer sous le seuil, l'application laisse l'avertissement de risque allumé plutôt que de faire croire qu'une programmation impraticable règle le problème.
Ce qui change quand on change la végétation
La végétation ne touche pas au ruissellement : elle change le besoin, c'est-à-dire la cible que Water Coverage utilise pour décider quel vert est « dans la cible ».
Sur le même jardin et avec les mêmes 6 arroseurs, en passant du gazon anglais à la haie et aux arbustes, le besoin estimé descend de 5,0 à 3,0 mm par jour, et avec lui la durée d'arrosage de 19 à 11 minutes. Les zones qui étaient juste sous la cible y rentrent désormais, parce que la cible a baissé.

C'est la raison pratique pour laquelle gazon et arbustes ne doivent pas partager un circuit : ils ont des cibles différentes, et une durée d'arrosage unique ne peut pas atteindre les deux. Ce qui a besoin de moins d'eau finit arrosé aussi longtemps que ce qui en a besoin de plus.

Ce qui change quand on change le type de buse
La dernière variable est la plus sous-estimée, et elle n'est pas dans le panneau Zones mais dans la liste des arroseurs : le type de buse. Une buse spray délivre toute son eau en un jet fixe en éventail ; un rotator la répartit par jets rotatifs. À surface mouillée égale, le spray applique beaucoup plus d'eau par unité de temps.
Test direct : même jardin, mêmes 6 arroseurs, mêmes positions, même sol limoneux. Seule la buse change, de rotator à spray.
La durée d'arrosage s'effondre de 19 à 9,7 minutes — logique, puisqu'il faut environ moitié moins de temps pour délivrer la même dose. Mais la carte de ruissellement se dégrade nettement : de larges zones orange et rouges apparaissent, absentes avec les rotators.


Le point clé : la même quantité d'eau, délivrée plus vite, n'est pas la même chose. Water Coverage verrait les deux installations comme presque identiques — la dose est la même — alors que Runoff Risk les distingue immédiatement. C'est l'exemple le plus clair de la nécessité de regarder les deux.
Sur les sols lents, le choix de la buse compte donc autant que la disposition : avec un sol argileux à 12 mm/h, une installation à spray devra presque à coup sûr être découpée en plusieurs départs.
Comment lire les deux simulations ensemble
L'ordre qui fonctionne est celui-ci :
- D'abord les zones grises. Sur les deux cartes, le gris signifie « pas d'eau ». S'il y a des zones grises dans la pelouse, le problème est l'implantation et doit être réglé là, avant de regarder quoi que ce soit d'autre.
- Ensuite Water Coverage. Cherchez du vert généralisé. Le rouge signale les zones qui jauniront, le jaune/brun celles où vous gaspillez de l'eau. On corrige en déplaçant des arroseurs, en changeant le rayon ou en séparant les hydrozones.
- Enfin Runoff Risk. Si de l'orange et du rouge apparaissent, la dose est bonne mais elle arrive trop vite. On corrige en découpant l'arrosage en plusieurs départs, en passant à des buses à faible intensité, ou en réduisant le recouvrement là où les jets s'additionnent.
- Relisez Water Coverage après avoir touché aux arroseurs, car toute modification de l'implantation change aussi la dose.
Une installation prête est verte sur les deux cartes. Verte sur une seule ne suffit pas.
Limites déclarées des simulations
- Elles ne simulent pas le vent. Le modèle de distribution est radial : le vent déforme la portée réelle et déplace l'eau, et cet effet n'est pas représenté.
- Elles ne tiennent pas compte de la pente. Sur des terrains à plus de 15% de pente, l'eau de surface s'écoule vers le bas au lieu de se répartir, et le risque de ruissellement est sous-estimé.
- Les paramètres de sol sont des valeurs typiques pour les trois classes (sableux, limoneux, argileux). Un sol réel peut être tassé, comporter une couche imperméable ou être déjà saturé par une pluie récente — autant de conditions qui réduisent l'infiltration effective.
- Le besoin est une estimation saisonnière fondée sur la végétation et l'exposition, pas une mesure en temps réel. Un programmateur alimenté par des données météo reste plus précis que toute estimation a priori.
- La simulation montre un seul départ, pas toute la saison d'arrosage.
Les formules, les sources des paramètres et les limites générales de l'outil sont réunies dans la méthodologie de calcul. Pour comprendre d'où vient l'implantation d'arroseurs que vous simulez : comment fonctionne le placement automatique →
SprinklerMap Team — Guides techniques d'irrigation
Développement logiciel, conception de jardins et révision technique sur des cas résidentiels réels. Notre méthode →